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Queer suis-je?

Queer suis-je?

Billets d'amour, d'humeur et d'humour d'une dure à queer

Publié le par Bonnie Braun
Petit dictionnaire des expressions qu'il serait bien cool d'arrêter d'employer. Aujourd'hui: pédé et gouine (avec leurs spécificités)

Les mots "gouine" ou "pédé" (pour prendre les deux insultes homophobes les plus fréquemment utilisées, mais la liste est non exhaustive ) méritent tout d'abord un petit point étymologique.

Le mot "gouine" qualifiait, à son origine, une femme de mauvaise vie, une coureuse, au même rang que pouvait l'être une "putain". Avec le temps, sa définition s'est modifiée pour ne plus qualifier que les femmes ayant des relations sexuelles avec d'autres femmes.

Le mot pédé, lui, vient du terme "pédéraste", qui à l'époque de la Grèce antique, désignait des hommes mûrs ayant des rapports sexuels avec des garçons pré-puberts dans une démarche "éducative" (comme une sorte de rite de passage vers l'âge adulte).

Il faut savoir qu'aujourd'hui le mot  "pédé" est l'une des insultes les plus employées, si ce n'est LA plus employée, dans les cours de récréation. C'est une des insultes préférées des jeunes, sans même que ces dernier.es n'aient dans l'idée d'attaquer directement la sexualité de la personne. C'est un mot qui sonne bien et qui est souvent accolé avec un adjectif comme gros, sale, petit, etc.... . À l'instar du mot "gouine", qui reste un terme très spécifique qui sera employé uniquement pour insulter des femmes ayant, de façon présumer ou non, des rapports sexuelles avec d'autres femmes. (On insultera plus facilement une femme de "pute" ou de "salope", mais ce sera l'objet d'un autre billet, patience... )

On remarque alors que l'insulte "pédé" ne désigne pas forcément un homme homosexuel, ou supposé l'être, mais il s'agira d'attaquer une personne dans son intégrité propre. Être un garçon homosexuel est une insulte en soi, car cela engendre tout un tas de stéréotypes qui lui sont associés ( efféminé, manque de virilité, sous-homme, presque femme, etc...)

Parallèlement à ça, dans les mouvements militants transpédégouine (TPG), ces deux insultes sont devenus des étendards, réaffirmant une identité propre et forte, de la part de celleux qui la revendique. En effet dans les milieux militants TPG (ou autres), l'emploi de certaines insultes permet aux groupes discriminés de se réapproprier des termes injurieux pour les retourner et les porter comme une revendication politique. 

Il faut donc faire très attention à l'utilisation de ces deux termes. Ils restent des insultes lorsqu'ils sont employés par des personnes cherchant à discriminer d'autres personnes en pointant leur identité ou leur orientation sexuelle. A contrario lorsqu'ils sont utilisés par des militant.es queers ou TPG, ils peuvent être considérés comme une revendication de fierté et d'appartenance à un groupe opprimé.

Ainsi on comprendra facilement qu'il est difficile pour des personnes n'appartenant pas à ces groupes, d'employer ces termes. Par exemple, étant blanche je n’emploierai jamais le mot "nègre" pour désigner une personne noire même si je sais qu’il peut être employé également comme une réappropriation des identités noires. 

Les mots ont un sens, et une histoire. Leurs sens peuvent évoluer au fil du temps et de la société. Les mots blessent et ont un impact parfois dévastateur sur les personnes. C'est pourquoi il est important de savoir d'où et avec qui l'on parle, qui emploie ces mots et comment car le politiquement correct n'a de sens que si il est destiné à prendre en considération chaque individualité dans son entièreté afin de n'opprimer personnes. 

 

 

 

 

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