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Queer suis-je?

Queer suis-je?

pro-feminist/animal-friendly/anti-fascist/queer-positive


13/11

Publié par Bonnie Braun sur 11 Novembre 2016, 07:56am

13/11

Ce dimanche, ça ne vous aura pas échappé, ce sera la première commémoration des attentats du 13 novembre. Déjà ces derniers jours on a pu revoir (ou revivre) ces attentats "Au coeur de l'évènement"avec des "témoignages exclusifs" sur certaines chaines.  Je me demande toujours l'intérêt de faire revivre aux téléspectat.rice.eur.s les évènements "heure par heure" "comme si vous y étiez" et surtout de l'impact que ça peut avoir sur les survivant.e.s.

Il est très facile de sombrer dans le voyeurisme crasse, dans le traitement putassier de l'info quand on traite de ce genre de sujet. Comment rester sobre, informer sans racoler et sans faire appel aux instincts les plus morbides et les plus malsains des téléspectat.rice.eur.s? Je m'interroge toujours (très naïvement) sur les liens entre l'audience et la souffrance.

Les médias ont une forte tendance à résumer les attentats du 13 novembre au Bataclan. Comme un symbole. C'est vrai que c'est facile, c'est vendeur, presque trop facile comme un produit marketing: "Génération Bataclan". On oublie alors souvent ce qu'il s'est passé ailleurs et notamment au Stade de France. Le nombre de mort.e.s ferait-il l'intérêt du lieu et l'importance du traitement de l'info? Désolée pour le cynisme. 

Mais que faire alors avec la mémoire des victimes qui se trouvaient aux abords du Stade de France? Des témoins, elleux aussi victimes de traumatisme et de séquelles irréversibles? Que penser de cet oubli médiatique? 

L'oubli. Pour certain.e.s survivant.e.s c'est un droit légitime auquel il faut aussi être capable de répondre. Le droit à l'oubli conjugué au devoir de mémoire. Casse tête.

Comme rendre un hommage digne à chaque individu-e quel-le qu'iel soit, quoi qu'iel ait vécu en respectant sa mémoire et celle de son entourage? Double Casse tête. 

Moi, je n'ai rien vécu de tout cela, je ne connais pas ces douleurs, et je n'ai pas d'idée précise ni de solutions miracles pour dire comment les traiter dans les médias. 

Pour ma part je préfère parler de survivant.e.s plutôt que de "victimes". Je n'aime pas ce terme de "victimes",  il renvoie les personnes à une condition de passi.f.ve.s, avec un coté immuable, dont iels ne pourront jamais se sortir. Iels seront toute leur vie des "victimes" du terrorisme. Blessé.e.s, traumatisé.e.s, éclopé.e.s,  écorché.e.s, balafré.e.s, gueules cassées, la langue française manque surement de termes pour les qualifier. Pour moi le terme de survivant.e.s leur redonne une forme de courage et de force dont iels ont besoin pour se reconstruire demain.

Encore une fois je n'ai pas de solution ni de réponse toutes faites à tout ça. Ça m'interroge juste sur la façon dont ces blessures sont prises en considération aujourd'hui à l'aune de ces commémorations. La hiérarchisation des souffrances, que l'on est été blessé.e physiquement ou psychologiquement, que l'on est été témoin ou que l'on soit proche de personnes décédées, comment les douleurs se mesurent-elles? A quel moment mon chagrin est-il plus important que le tien pour les médias et pour l'État?

Comment concilier mémoire individuelle et mémoire collective. Comme des histoires personnelles forgent l'Histoire d'un pays.

Dimanche, les survivant.e.s essaieront de se souvenir des morts, de panser leurs plaies encore béantes, de penser pour essayer d'oublier, oublier l'abominable et ne garder en mémoire que le meilleur des personnes disparues. Dimanche les médias essaieront, avec plus ou moins de déontologie, de retranscrire ces cérémonies du souvenir. 

Avancer sans oublier, oublier sans dénier et réparer les vivant.e.s.

 

 

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