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Queer suis-je?

Queer suis-je?

Billets d'amour, d'humeur et d'humour d'une dure à queer

Publié le par Bonnie Braun
Homophobie ordinaire

Hier j’ai publié un post sur Facebook pour rapporter le fait qu’une vieille personne m’avait traitée de « pédé » dans la rue.

Anecdote presque banale mais qui m’a poussée, au vu de certaines réactions outrées autour de moi, à écrire un petit billet sur cette homophobie* et transphobie ordinaire.

L’anecdote se passe à Niort mais elle aurait très bien pu se passer dans n’importe quelle autre ville de France.

Oui « pédé » (et là c’est un terme générique mais qui peut se décliner en plein d’autres petits mots tout aussi fleuris) c’est un quotidien. Quotidien pas forcement pour moi personnellement mais si l'on cumule avec l’ensemble de ce que peuvent entendre les LGBT+ dans une journée, oui, c’est même plus que quotidien.

(La Manif pour Tous en 2013, et tou.t.e.s ses petit.e.s copain.e.s) nous ont bien aidé aussi à nous sentir mal dans notre peau.)

Insultes ou réflexions de tout ordre, on s’y habitue et c’est ça le drame parce que finalement tout le monde s’en fout un peu.

Il faut savoir que « pédé » est l’insulte préférée de nos chers bambins dans les cours de récré. C’est dans le langage commun des jeunes et des moins jeunes, comme « enculé ».

Oui parce qu’ « enculé » c’est aussi homophobe tu sais, voire sexiste, car la personne H ou F qui se fait enculer est discriminée dans un rapport de dominant/dominé.

Nous faisons encore partie, nous les « déviant.e.s » de la société, les gouines, les pédales, les folles, les trans, les travlos, les queers, les butchs, et tout.e.s les autres « hors normes » des déconsidéré.e.s voire des inconsidéré.e.s.

Par comparaison, un.e enfant non blanc.he, lorsqu’iel rentre de l’école où iel a été victime de racisme, peut s’appuyer sur sa famille qui, elle même, l’ayant peut être vécu, pourra la.e rassurer. Iel aura un cocon, des exemples, qui la.e rassureront sur ce qu’iel est. Un.e enfant trans, ou homo en rentrant chez ellui ne pourra que se retrouver seul.e face à ellui-même dans la majorité des cas.

Attention, je ne fais pas là de misérabilisme ni même de fatalisme. C’est un constat et on tente de vivre avec. On se blinde, on se démmerde, comme toutes les nanas qui se font emmerder tous les jours dans la rue, dans les transports pour une tenue ou une jupe trop courte, qui doivent changer de trottoir en voyant au loin un groupe de mecs pour éviter de se faire insulter. On réagit en fonction, chacun.e à notre niveau, avec nos propres armes et avec nos capacités du moment.

Parfois je réponds, parfois je laisse pisser parce que c’est relou, que je suis fatiguée et que je n’ai pas envie de rentrer dans une polémique qui de toutes façons sera stérile.

Le principal problème, et c’est là où on parle d’homophobie ou transphobie ordinaire, c’est que les gen.te.s utilisent des mots sans les connaitre, et parlent souvent sans savoir.

Il y a quelques temps, je me suis retrouvée devant l’émission d’Hanouna sur D8, l’amuseur public plus très amusant. Je me souviens d’une phrase au milieu de blagues vaseuses et de joyeuses gaudrioles. La question était : « Quelle est la première chose que tu fais le matin? » et sa réponse: « Je me gratte les couilles comme Amanda Lear ».

Ce n’est pas la première fois qu’on fait des blagues sur Amanda Lear, j’en entends depuis mon enfance, dès qu’il s’agit de parler de transidentité, car c’est forcément la seule référence qu’ont les gen.te.s.

Je ne sais pas ce qu’elle pense de ces blagues récurrentes sur elle, Amanda Lear, mais à vrai dire, ça je m’en tape.

Le sujet n’est pas là, le sujet est l’image que ça véhicule, les stéréotypes et les poncifs galvaudés et négatifs. L’amuseur public qui se targue de faire exploser les audiences auprès des jeunes, lui ne réfléchit pas à tout ça, à vrai dire, il ne sait surement pas faire la différence entre un.e travesti.e, un trans et une trans mais ça c’est bien le cadet de ses soucis. Se draper dans l’humour comme seule et unique caution est toujours plus facile, « On ne peut plus rire de rien ! ». On peut rire de tout, oui certainement, mais encore faut-il savoir de quoi l'on parle.

Et voilà, c’est ça qui maintient les gen.te.s et surtout les jeunes (qui sont la majorité de son public) dans cette homophobie et transphobie ordinaire. L’ignorance et le jugement pour ce qui n’est pas la « norme sociale ».

Je m’oppose complétement à la hiérarchisation des discriminations et je milite pour la convergence des luttes mais soyons clairs aujourd’hui elle n’existe pas.

Chacun.e se bat pour sa cause, aussi noble soit elle : les droits des sans-papiers, la lutte contre l’islamophobie, la lutte contre les violences faites aux femmes, la loi travail, la PMA,…

Alors, aujourd’hui mon militantisme se fait dans des actions coups de poings certes, mais finalement bien plus au quotidien en discutant avec les personnes, en les reprenant sur leurs discours, leurs mots ou leurs comportements.

Restons vigilant.e.s et jour après jour je pense qu’on pourra changer les mentalités, même pour une seule personne, et peut-être que ces petits riens réunis formeront un grand tout.

Des keurs avec les doigts.

B.

* gayphobie, biphobie et lesbophobie

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